Les Arowaks et les Caribes.
Nulle part, ni dans les Grandes ni dans les Petites Antilles, nous ne trouvons trace d'une influence racique ou culturelle quelconque, soit du Mexique, soit de l'Amérique Centrale. Ces îles ont, en effet, été peuplées par deux vagues successives d'immigrants provenant de l'Amérique du Sud. Les Arowaks (ou Arawaks) qui formèrent la première, comme les Caribes (dont on fit Caraïbes) qui composaient la seconde, ont une aire de peuplement étendue, au nord-est de 1'Amérique méridionale. Ils étaient ennemis séculaires et, au moment de la découverte, les Caribes avaient totalement supplanté dans, les Petite Antilles, les Arowaks dont ils avaient épousé les femmes, après avoir exterminé les hommes. Ce procédé de colonisation avait créé un enchevêtrement des cultures matérielles, comme des langages des deux races. D'autre part, leur insularité et le fait que l'établissement des Arowaks remontait à de lointaines années, avait donné aux cultures antillaises un accent particulier qui les met à part des cultures sud-américaines.
Le groupe des Antilles, qui offre au voyageur quelques-uns des rares lieux du monde où la vie peut être délicieuse, est par ailleurs sujet à des cataclysmes naturels : éruptions volcaniques, du moins dans les Petites Antilles, tremblements de terre et ouragans qui semblent vouloir faire payer par leurs fureurs, la douceur du climat et les grâces du paysage.
Les Arowaks et les Caribes étaient gouvernés par des chefs héréditaires que nous appelons Caciques. Ce terme désigne le chef d'une tribu et non pas tout individu nanti d'une certaine autorité, contre l'usage des chroniqueurs anciens. Le fils aîné héritait du pouvoir de son père et il ne semble pas que les femmes aient été exclues du pouvoir. On cite un cacique féminin à Saint-Domingue et un autre à Porto-Rico.
La polygamie était pratiquée et la première femme avait autorité sur toutes les autres.
Tandis que les Arowaks s'étaient amollis dans une paix prolongée, les Caribes belliqueux conservaient leur faculté guerrière. Il n'est pas douteux que sans l'arrivée des Espagnols, les Caribes auraient finalement conquis les Antilles entières; leur armement était, de plus, le meilleur : ils maniaient adroitement l'arc et employaient des flèches empoisonnées.
Christophe Colomb retint l'impression que les habitants des Antilles ne possédaient pas de religion. Un tel sentiment se manifeste parfois chez des voyageurs peu avertis des faits ethnologiques ; le « sauvage », parce que sa religion est pour lui essentielle, s'efforcera de la dissimuler à des yeux étrangers. Cette dissimulation devient une nécessité quand ces étrangers – c'était le cas des Espagnols – se posent en propagandistes d'une religion qui se prétend la seule vraie.
Or, les Antillais croyaient à l'existence de deux divinités créatrices, mâle et femelle, le Ciel et la Terre. Ces forces suprêmes ne possédaient pas d'images et on ne leur rendait pas de culte. On trouve aussi chez eux un grand nombre de divinités inférieures, forces naturelles personnifiées et ancêtres défunts. Ces petits dieux étaient représentés par des figures de bois ou de pierre, qu'on ne doit pas confondre avec des « charmes » magiques dont l'aspect était analogue. Le mot « Zemi », commun aux deux langues antillaises, désigne ce qui participe de la vie surnaturelle, depuis les divinités jusqu'aux: objets servant à la magie
La rareté de ces images d'hommes ou d'animaux, la singularité de leurs formes, l'ignorance où nous sommes de leur usage, comme de leur signification, en font des cas uniques dans l'archéologie américaine. On connaît les « Pierres à trois pointes » qui représentent, inscrit dans une masse conoïde allongée, un être à la face grotesque rampant sur le sol; les « colliers », ovales allongés en pierre qui rappellent les colliers des chevaux de trait; la « pierre de coude » ou ovale de pierre incomplet. Peut-être faut-il y' voir des charmes agricoles ?
A l'occasion des cérémonies religieuses comme lors des fêtes laïques, les Antillais dansaient en s'accompagnant de chants. Ceux-ci étaient tellement inséparables de la danse qu'on les désignait par le même mot, areito. Les Arawaks se livraient aussi à un jeu de balle, batos, non sans rapport: avec un jeu analogue, de caractère semi religieux, le tlaxtli, que jouaient les Aztèques, en un local spécial avoisinant le temple. On retrouve, datant des Arawaks, des cercles de pierres rangées entourant le terrain réservé aux parties de balle. Les méthodes d'inhumation varient. En général, les ossements entourés d'offrandes, se rencontrent dans des grottes voisines de la mer. Parfois, le crâne est conservé à part et complété par un corps humain de format réduit, exécuté en fil de coton. Au moment de la conquête, les Antilles regorgeaient de nourritures, surtout de produits végétaux, le maïs, la cassave, les patates douces, des fruits divers. Les indigènes mangeaient aussi la chair de divers animaux, agoutis, iguanes, poissons et oiseaux, mais n'hésitaient pas à dévorer aussi bien des serpents, des chauves-souris et même des vers et des araignées.
Les Antillais construisaient leurs maisons de bois et de roseaux, suivant deux types différents. Ces demeures n'ignoraient pas un certain confort. Le mobilier comportait, outre de là poterie en abondance, des sièges de bois ou de pierre et des hamacs, que les hommes blancs virent là pour la première fois.
Les lames de pierre, haches ou herminettes, que l'on a trouvées en grandes quantités dans les Antilles, sont pour la plupart d'un remarquable fini. La surface en est soigneusement polie. Des masques, des figurations d'hommes ou d'animaux extrêmement stylisés, apparaissent même sur certains outils; on croit que ceux-ci se rattachent à la pratique de la magie.
La poterie, qui offre des formes très variées, s'orne aussi de personnages fantastiques, modelés en bosse, dont l'aspect rappelle celui des sujets taillés en pierre. L'influence des cultures antillaises ne s'est probablement exercée que sur les populations indigènes de la Floride.
Georges de Walque - Mars 2006.