Dès le Moyen Âge, Gênes devint une Libero Comune, densément peuplée entre la mer et les collines. Politiquement, Gênes se caractérisait par un système de Contrade consortili, correspondant aux quartiers urbains, les Alberghi, c’est-à-dire divisés en zones d’influences par famille noble. La critique de ce système conduit à l’adoption d’un système rival de Dogi perpetui, qui resta en vigueur jusqu’en 1528. Andrea Doria (1468-1560), un amiral génois renommé qui avait servi des papes et plusieurs rois européens, construisit une flotte dont la puissance surpassa les corsaires de la Méditerranée. En 1528, il établit une nouvelle division sociale et une constitution aristocratique à Gênes qui perdura jusqu’en 1798. Sous la direction de Doria, une alliance avec l’Espagne autorisa les financiers génois à contrôler le commerce napolitain et espagnol et à recevoir de l’or du Nouveau Monde. En 1570, ils étaient les principaux banquiers de l’Europe catholique et Gênes était gouvernée par une oligarchie stable et prospère.
C’est dans ce contexte que se fit jour la nécessité de construire de nouvelles résidences pour ces quelques familles extrêmement riches, des résidences capables d’accueillir des hôtes distingués tels que des cardinaux, des gouverneurs ou des ambassadeurs visitant la ville. Ce besoin de représentation conduisit à la percée de la Strada Nuova à partir de 1551, et la liste officielle (Rollo) des palais choisis pour une représentation officielle fut proclamée en 1576. La typologie de ces palais aristocratiques se distingue clairement de celle de la période précédente du haut Moyen Âge, adoptant des unités spatiales grandioses (vestibules, escaliers monumentaux, atriums, jardins) et une riche décoration intérieure de style de la fin de la Renaissance et maniériste. Ce modèle a aussi été appliqué à d’autres parties de la ville.
Grâce à l’enthousiasme de certains artistes, en particulier Pierre Paul Rubens, qui étudia et publia les plans des palais, ainsi que Giorgio Vasari, Vincenzo Scamozzi et Joseph Furttenbach, le modèle des palais génois fut diffusé à d’autres villes d’Europe, en particulier aux Pays-Bas et à la Grande Bretagne. À la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle, l’influence économique et politique de Gênes connut un déclin. La ville fut d’abord occupée par l’Autriche puis par Napoléon. Dans la nouvelle Italie unifiée, Gênes émergea néanmoins en tant que grande ville portuaire et a su conserver son tissu urbain historique.
Du Xe au XIIIe siècle, Gênes est une ville très dense avec des rues extrêmement étroites et de hauts bâtiments. Au milieu du XVIe siècle, alors que la ville connaît une forte croissance de son influence financière et commerciale, les riches familles aristocratiques qui formaient l’oligarchie de la République de Gênes décidèrent de construire un quartier de représentation dans la partie supérieure de la ville. Ce quartier se matérialisa avec la Strada Nuova, ouverte en 1551-1583 (aujourd’hui Via Garibaldi), qui fut construite à la suite d’une attribution des parcelles aux enchères sous les collines dans la partie nord de la vieille ville. Cette « rue neuve » faisait 250 m de long et 7 m de large (plus de deux fois la largeur des rues médiévales) et elle devint un quartier luxueux où furent érigés des palais de représentation manifestant le pouvoir des puissantes familles dirigeantes de la République (Pallavicini, Spinola, Doria, Lomellino, Grimaldi). Le quartier voisin de la Via Lomellini forma un deuxième groupe de palais prestigieux, cette fois par la rénovation de structures existantes. À la suite de cet exemple, une seconde Strada Nuova (1601-1618) fut ouverte plus à l’ouest par les membres de la famille Balbi, aujourd’hui Via Balbi. Enfin, en 1778-1786, une dernière nouvelle rue, Strada Nuovissima (aujourd’hui Via Cairoli), fut ouverte pour relier des deux premières Strade Nuove (Via Garibaldi et Via Balbi), formant la troisième phase de construction.
Les splendides palais résidentiels érigés sur la Strada Nuova (Via Garibaldi) à la fin du XVIe siècle formaient le quartier de la noblesse qui, sous la constitution de 1528, assumait le gouvernement de la République et ressentait la nécessité d’investir dans le renouvellement de leurs résidences. La conception de cette nouvelle rue est attribuée à l’architecte Galeazzo Alessi (1512-1572) qui a aussi conçu plusieurs grands palais de la ville. Les principaux architectes des palais de la Strada Nuova furent Giovanni Battista Castello (1509-1569), connu sous le nom du Bergamasque, Bernardino Cantone et les frères Ponsello. Ils construisirent par exemple les résidences des frères Tobia et Agostino Pallavicino (1558), de G.B. Doria (1564) et de Nicolosio Lomellino (1563).
En raison de la déclivité du terrain, la typologie des palais s’ajustait aux conditions spécifiques de chacune de leur implantation. Les édifices comportaient généralement trois ou quatre étages, associant les halls d’entrée à de spectaculaires escaliers ouverts, des cours et des loggias surplombant des jardins construits sur différents niveaux dans un espace relativement restreint. Du fait des contraintes, chaque palais possède sa propre solution architecturale et un caractère particulier. La décoration commence presque toujours par la quadrature de la façade ornée de fresques et/ou d’un décor de pierre, se poursuit à l’intérieur par des atriums, d’élégants escaliers, des couloirs et des galeries décorés de fresques et de stucs. Les résidences de la Strada Nuova bénéficièrent de la maîtrise, de la créativité des artisans de Lombardie et de l’art de vivre fastueux des riches banquiers génois. Ce style grandiose fut reproduit Via Balbi au début du XVIIe siècle, où les thèmes furent poussés à leur paroxysme. Les palais de Giacomo et Pantaleo Balbi (1618-1645) et celui de Agostino Balbi (1618-1670) furent l’œuvre de l’architecte Bartolomeo Bianco. Le plus grandiose d’entre eux fut le palais de Stefano Balbi (1643-1655), qui devint par la suite le Palais royal de la famille de Savoie.
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Gênes : Stada nuova. Photo UNESCO. |
Sur la base d’un décret du Sénat de 1576, les palais aristocratiques construits dans la Strada Nuova furent inscrits sur une liste officielle (Lista dei Rolli) de « résidences d’hébergement public », signifiant que les propriétaires étaient requis de fournir des logements au nom de la République oligarchique pour des hôtes de marque.
Par la suite, les palais des Rolli inclurent d’autres bâtiments construits ailleurs dans la ville, atteignant le nombre de 150 édifices à la fin du XVIe siècle. Ce nombre fut réduite à une centaine de bâtiments à la fin du XVIIe siècle, mais remonta à 200 à la fin du XVIIIe siècle. La liste des Rolli était articulée en trois catégories : les palais les plus représentatifs furent réservés aux cardinaux, aux princes et vices-rois, la seconde catégorie aux gouverneurs et propriétaires terriens et la troisième aux hôtes de moindre qualité. Les palais des Strade Nuove appartinrent toujours à la première catégorie, tandis que pour les autres édifices la catégorie pouvait changer au fil du temps.