Naufrage

horizontal rule

- 25 décembre 1492 -

horizontal rule

Naufrage de la Santa Maria

ardi 25 décembre 1492, jour de Noël, l’Espagne catholique célèbre la naissance du christ. Les églises luisent des bougies de Noël.

Dans les parages de l’île espagnole, aujourd’hui appelée Saint-Domingue, Colomb et ses marins espèrent eux aussi célébrer la fête de la nativité.

Dans la nuit du 24 décembre, la Santa-Maria et la Nina naviguent de concert. La Pinta commandée par Martin Alonzo Pinzon, n'est plus visible depuis plusieurs jours. Son capitaine ayant décidé de suivre une autre route. Depuis deux jours on dort mal à bord. Les passagers indiens qui servent de pilotes sont très encombrants et très bruyants. Vers onze heures, l'Amiral est allé se coucher. Il y avait deux jours et une nuit qu'il n'avait pas dormi. Comme la mer était calme, et comme l'Amiral était couché, le timonier voulut lui aussi aller dormir. Il confia le gouvernail à un mousse.......

'Amiral raconte [1]

"Ce que j'avais défendu pendant tout le voyage, en lui disant qu'avec du vent ou sans vent il ne fallait jamais abandonner le gouvernail à un subordonné. En vérité, j'étais à l'abri des bas-fonds et des écueils; en effet, le dimanche où j'avais envoyé mes barques chez le cacique, mes hommes étaient passés au Levant de la Pointe Sainte à une distance de 3 lieues et demie et les marins avaient reconnu toute la côte et les bas-fonds qui s'étendent de cette Pointe Sainte vers l'Est-Sud-Est sur une longueur de 3 lieues, et ils avaient vu par où l'on pouvait passer. Et il plut à Notre-seigneur qu'à minuit je me vinsse coucher et comme il faisait un calme plat et que la mer était comme l'eau d'un tranquille bassin, tous s'allèrent reposer, laissant le gouvernail aux mains d'un jeune garçon. D'où il advint que les eaux, entraînées par le courant, portèrent le navire tout tranquillement sur un de ces bas-fonds sur lequel l'eau mugissait de telle façon que, bien qu'il fit nuit, on pouvait s'en apercevoir et l'entendre. Alors, le jeune garçon qui sentit dériver le gouvernail et entendit la rumeur, commença à crier; en l'entendant, je me levai si vite que personne n'avait encore eu le temps de s'apercevoir que nous avions touché la roche en cet endroit; tout de suite, le capitaine du navire [2] qui en avait la responsabilité, sortit de sa cabine : je lui dis, à lui, et à d'autres matelots, de monter dans la barque, de prendre une ancre et d'aller la jeter à la poupe. Lui-même et d'autres hommes sautèrent dans la barque; je pensais qu'ils allaient faire ce que je leur avais dit, mais ils s'en allèrent, prenant la fuite avec la barque vers la Nina qui se trouvait à une demi-lieue de là."

"Voyant donc qu'ils s'enfuyaient, que la marée baissait et que le navire était en péril, je fis aussitôt abattre le grand mât pour m'alléger autant qu'il était possible et voir si je pouvais me tirer de là. Mais les eaux se retirant toujours, la caravelle n'eut plus d'équilibre; c'est pour- quoi elle prit de la bande; les bois de la coque se disjoignirent et l'eau remplit la cale. Entre-temps arriva la barque [3] pour me porter secours, mais les hommes voyant que s'enfuyait la mienne, ne voulurent pas accueillir ses occupants, ce pourquoi ils furent contraints de revenir vers le navire."

"Aucun remède ne se présentant pour sauver mon bateau, j'allai à la caravelle pour sauver mon équipage; le vent de terre soufflait, une grande partie de la nuit était déjà passée, nous ne savions de quel côté il faudrait sortir de ce bas-fond : je temporisai donc jusqu'à ce que vint le jour, aussitôt j'allai vers ma caravelle par les rochers; j'avais d'abord envoyé la barque à terre avec Diego de Arana, de Cordoue, capitaine maître de justice de l'Armada, et Pierre Gutiérrez, conseiller de Vos Altesses, avec mission d'apprendre au cacique ce qui se passait, lui faisant part de ce, que, pour avoir voulu lui rendre visite comme il m'en avait prié samedi dernier, j'avais perdu mon navire en face de son village, à une lieue et demie de la côte, sur un rocher qui se trouvait là.» Ayant entendu cela, le cacique, en larmes, montra une très grande douleur de notre accident, et tout de suite il envoya au navire tous les gens du village avec de nombreuses et grandes pirogues."

"Eux et nous commençâmes donc à décharger; et nous déchargeâmes toute la cargaison en peu de temps, tant fut grande l'aide que ce chef nous donna. Lui-même en personne, avec ses frères et ses parents, faisait toute diligence tant sur le navire qu'à terre, afin que tout fut bien ordonné; de temps en temps il m'envoyait l'un des siens pour me supplier que je ne me chagrinasse point, qu'il me donnerait tout ce qu'il possédait."

"Et j'affirme pour certain à Vos Altesses qu'en aucun coin de Castille on n'aurait pu trouver aussi bonne ordonnance pour nos affaires : aucun de nos objets ne fut détourné, pas même un filin. Il fit mettre tous nos objets rassemblés dans sa case où il les garda jusqu'à ce qu'on eut vidé les cases qu'il voulait nous donner pour tout emmagasiner. Il mit devant elles des hommes de garde, hommes en armes qu'il fit rester là pendant toute la nuit. Et lui et tous les indigènes pleuraient comme si notre malheur était le leur; tant il est vrai que cette race est aimable, sans avidité, sociable et douce, que je jure à Vos Altesses qu'il n'y a pas au monde de meilleurs gens - ni de meilleur pays. Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes et ont le comportement le plus doux et le plus rempli de mansuétude du monde; avec cela, joyeux, et toujours rieurs. Il est bien vrai qu'ils vont nus, aussi bien les femmes que les hommes, comme ils sont nés, mais cependant, que Vos Altesses soient assurées qu'ils ont des mœurs louables et le roi est servi avec une grande majesté; celui-ci est si digne que c'est un plaisir de le voir; pareillement, il faut considérer la bonne mémoire de ces gens et leur désir de connaître toute chose : ce désir se manifeste quand ils demandent ceci ou cela, quand ils recherchent la cause et l'effet de tout."

horizontal rule

la suite de ce naufrage, un fortin sera construit avec l’épave de la Santa-Maria. Trente neufs marins resteront sur l’île. Il y avait parmi eux un charpentier, un tonnelier, un médecin, et un tailleur. Ils reçurent des graines, des vivres, des armes et des outils. L'amiral avait promis de revenir. Le 4 janvier 1493, Colomb et ses marins rassemblés sur la Nina prennent la mer pour rentrer au plus vite en Espagne.

Parmi les marins restés sur l'île, se trouvait un de ses proches amis, Diego de Arana, originaire de Cordoue. Il était capitaine et maître de justice de l'Armada. Il était aussi le cousin de Beatriz de Arana, la mère du deuxième fils de l'Amiral, Hernando Colon y Arana.

A son second voyage il ne retrouvera aucun des 39 marins qu’il avait laissés sur l’île......

horizontal rule

Documentation

Notes : 

 

[1] - Cette narration est celle que Hernando Colon, le fils de l'amiral, à lui même rédigée selon les propos de son père. Le texte, ci-dessus, est la traduction du passage dans l’ouvrage de Hernando qui à été publié en italien, en 1571. Il est beaucoup plus explicite que celui de Bartholomé de Las Casas que l'on trouve dans l'«Histoire des Indes», Livre I, Chap. 59, page 436. Las Casas a fait un résumé de l'événement. Il n'était pas compétent en « sciences nautiques ». Il l'a lui même écrit dans un des ses documents.

[2] - Juan de la Cosa.

[3] -  de la Nina.

Carte de Haïti sur le site des Nations Unies. Le lieu du naufrage est situé dans cette partie de l'ile de Saint Domingue. 

horizontal rule

Ouvrages de référence

 

 

Historie del S. D. Fernando Colombo, nelle quali s'ha particolare, & vera relatione della vita, & de fatti dell'ammiraglio D. Christoforo Colombo, suo padre.

Escrita por Fernando Colom en 1537. Publicada en Venecia (Italia) 1571.

 

(Nota : pour répondre à une question qui m'a déjà été posée plusieurs fois, cet ouvrage est introuvable dans les librairies.....)

 

 

 

 

Ouvrages utilisés pour cette page :

bullet

Casas, Bartholomé de las, «Histoire des Indes», Livre I, Chap. 59. Page 436.

bullet

Charcot, Jean-Baptiste, Docteur, Commandant. « Christophe Colomb vu par un marin », Ernest Flammarion, Paris, 1928. Page 169.

bullet

Colomb, Christophe, «La découverte de l’Amérique – I. Journal de bord et autres récits, 1492-1493 », traduction de Soledad Estorach et Michel Lequesne, La découverte , Paris, juin 2002. Page 236.

bullet

Colomb, Hernando (ou Fernando), «Histoire de la vie et des découvertes de Christophe Colomb», Traduction de Eugène Muller, Paris, Maurice Dreyfous, 18xx. Chap. XXXII. Page 97.

bullet

Madariaga, Salvador de, «Christophe Colomb», trad. franc. Paris, 1952.

bullet

Mahn-Lot, Marianne, «Christophe Colomb», Paris,  Le temps qui court, Le Seuil, juin 1960. Page 87.

bullet

Merrien, Jean, «Christophe Colomb», J’ai lu, Paris 1986. Page 276.

bullet

Morison, Samuel Eliot, Admiral of the Ocean Sea”, USA,  Boston, Little, Brown & Co. 1942. Page 297.

bulletRoselly de Lorgues, «Vie et voyage de Christophe Colomb, d’après des documents authentiques tirés d’Espagne et d’Italie»,  Paris, Morizot, 1862. Page 146. 

horizontal rule

Autres pages dans ce chapitre :Instruments ] San Salvador, Carte moderne de l'ile. ] [ Naufrage ] - Accueil ] Remonter ] 

Dernière mise à jour de la page : dimanche 04 février 2007 17:52:09 +0100  - 

horizontal rule

Chapitres sur le site : Remonter ] Plan du site ] Introduction ] Qui était-il ? ] Portraits ] Ses voyages ] Navires ] Lieux ] Cartes ] Bibliographie ] Documentation ] Divertissement ] Forum ] Gestion du site ]   -  Remonter ]

horizontal rule

Rappel important : Conformément à l'article L.122-4 du code de la propriété intellectuelle toute représentation ou reproduction non expressément autorisée, intégrale ou partielle et par quelque procédé que ce soit est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnable par les articles L.335-2 et suivants du code de la propriété intellectuelle. 

horizontal rule

Droits de reproduction et de diffusion réservés - © Association l'Amiral de la Mer Océane .
 L'utilisation de ce site signifie que vous en acceptez les conditions
-  [ Mentions légales obligatoires ]
Dernières  mises à jour du site 
:  mardi 06 mai 2008 17:24:24 +0200