Les trois bâtiments du premier voyage n'étaient pas gréés de façon identique. Il existe de nombreuses illustrations les représentant. Certaines illustrations sont exactes mais d'autres ne sont que des images décoratives.
Précision historique
Si l'illustration représente la Santa Maria accompagnée de deux caravelles à voiles latines, les trois bâtiments viennent de quitter l'Espagne et se dirigent, entre le 3 août 1492 et 9 août 1492, vers les Canaries.
Si l'illustration représente la Santa Maria accompagnée d'une caravelle à voiles latines, et d'une caravelle à Phares carrés, les trois bâtiment ont quitté les Canaries et se dirigent, entre le 6 septembre et le 12 octobre 1492,sur l'Atlantique, vers l'île de San Salvador.
Il s'agit d'une voile triangulaire, appelée à l'origine "alla trina", c'est à dire à trois pointes, par opposition aux voiles antiques, carrées. La voile latine une voile d'origine méditerranéenne, utilisée partout en méditerranée. Elle autorise toutes les allures possibles de navigation à la voile. Elle dérive de la voile arabe.
Voile arabe sur un boutre de la mer rouge. La voile n'est pas triangulaire en bas de l'antenne, sur le quart.
Cette voile a été inventée par les navigateurs arabes pour pouvoir remonter dans les "couloirs de vent", lorsque la route à prendre va dans une direction opposée au sens du vent. Avancer dans de telles conditions avec une voile carrée est quasiment impossible.
La voile latine est une voile est enverguée sur une antenne, composée de deux parties liées l'une sur l'autre : le quart (partie basse) et la penne (partie haute).
C'est la voile des "galères", des "tartanes", des "felouques" et des "chebecs" des "boutres". C'est aussi la voile installée à l'arrière des vaisseaux de tout l'occident depuis l'invention des bateaux à 3 mâts, à la Renaissance.
En Méditerranée, dès le VIème siècle, la voile latine devient la voile par excellence. Cette voile est adoptée par tous les peuples latins, les italiens, les espagnols, les provençaux, les portugais, et aussi par les maghrébins.
La voile latine a joué un rôle primordial dans l'histoire des techniques de la voile, c'est elle qui est à l'origine de toutes les voiles axiales modernes. La voile latine est appelée Vela latina, en italien.
Les marins latins l'ont amenée partout où ils ont navigué, c'est à dire dans le monde entier, notamment en Amérique Latine, en Europe du Nord et dans le Pacifique.
Quelques définitions
La voile latine, dont le nom vient de "alla trina", est une voile triangulaire.
Jean Merrien, "Dictionnaire de la mer", ré-édité en janvier 2003.
"Voile latine, est une espece de voile qui est en poincte, comme sont celles des caravelles et des artemons des navires, on l'appelle aussi Catepleure, et aureille de lievre, par ce qu'elle single une poincte droicte en mast, comme une aureille affilée de lievre qui escoute, les autres voiles sont quarrées."
Jean Nicot, "Trésor de la langue française", en 1606 (orthographe de l'époque conservée).
LATINE (Voile). — Voiles triangulaires de toute sorte, mais plus particulièrement celles des bateaux à antennes de la Méditerranée.
"Anténe, ou vergue, est vn long bois, attaché de trauers à vne poulie, au haut du Mast d'vn vaisseau, pour soustenir la voile, elles prennent leur nom & difference des masts, ausquels elles sont attachées: ainsi disons nous la grande vergue; la vergue de Hune, la vergue de Perroquet, celles qui se reseruent sur les bords d'vn Nauire, pour les hazards qui peuuent suruenir, se nomment vergues de beille ou matereaux. L'anténe qui se met de trauers l'artimon, se nomme vergue Latine, mais de ce mot on ne se sert que sur la Mediterraneée". Le P. Georges Fournier, dans "Hydrographie, en 1667,(orthographe de l'époque conservée).
"Antene ou Vergue, est un bois long attaché de travers à une poulie au haut du mast de vaisseau pour soustenir la voile, l'antenne qui se met de travers l'artimon se nomme la vergue latine". F. Dassie dans "L'Architecture navale", en 1695, (orthographe de l'époque conservée).
ANTENNES. — Vergues des voiles latines. Elles sont longues et formées de plusieurs pièces roustées ensemble.
A cause de ces vergues, qui leur sont particulières, les voiles latines enverguées s'appellent aussi voiles à antennes.
L'amure des voiles à antennes est ordinairement mobile suivant les allures. Au plus près on la hâle à bloc. Si le vent adonne, on mollit l'amure. Mollir le devant est l'expression usitée en pareil cas. La vergue devient presque horizontale, et quand on l'amène à cause du mauvais temps, la voile très-inclinée à l'horizon ressemble presque à une tente. On fait très-sûrement vent arrière dans cette position, la barque roulant peu et ayant son centre de voilure très-abaissé.
Le point de drisse est ordinairement au cinquième de l'antenne.
Barthélemy Consolin : " Manuel du voiler", en 1859.
Sur un site italien, on trouve une définition de cette voile et on nous y indique l'étymologie. Il s'agit de la corruption de l'expression "vela alla trina" qui mal prononcée serait devenue "vela trina" puis "velatina" pour de venir "vela latina". Et nous voila, un jour, avec une voile latine qui est bien une voile triangulaire mais qui n'a rien à voir avec la péninsule latine, italienne.
Vela triangolare. Quella per l'albero di maestra si distingueva, a seconda della forza del vento, in: bastarda (la maggiore), borda (la mediana), marabutto (la minore). Nella tempesta si usava una vela quadra (trevo), inferita sopra una verga di fortuna.
Pour l'histoire de la voile latine consultez : - Pino Dell'Orco, Remote origini della vela latina, in Rivista Marittima, genn. 1978, p. 77-84 - Giovanni Panella, Introduzione alla storia della vela latina, in Rivista Marittima, apr. 2001, p. 67-80
E' curiosa l'origine del nome di questa vela, che non deriva dal popolo dei Latini, ma piuttosto dalla corruzione della definizione di "vela alla trina", cioè triangolare, in contrapposizione alla classica vela quadrangolare, cioè "alla quadra".
Source de l'information et de l'illustration : site italien sullacrestadellonda. Visitez ce site, il y a beaucoup de choses à y découvrir.
Note :
Dans son ouvrage "Le vrai visage de Christophe Colomb", Picard Éditeur, Paris 1921, " Henri Vignaud a écrit, à la page 115 , en parlant des caravelles, "....toutes trois avaient une voile latine carrée." (sic). La voile latine est une voile triangulaire ! Monsieur Henri Vignaud serait donc, au XXe siècle, l'inventeur du triangle à quatre cotés ! C'est passé inaperçu aux yeux des marins.
Un bâtiment gréé de voiles carrées est dit à "phares carrés" par les marins.
"..../...on donne le nom de "phare" à l'ensemble de la mature de la voilure et des vergues, y compris leur gréement, mais seulement quand le bâtiment est à voilures carrées; le Phare de devant se dit, alors, du mât de misaine, et le Phare de l'arrière, de grand mât et du mat d'artimon."
"Dictionnaire de la marine à Voile" du Commandant Bonnefous , page 568, dans l'édition de 1855, publiée à Paris, chez Arthus-Bertrand.
Voiles carrées sur une caravelle.
BONNETTES. — Voiles légères qu'on établit en dehors des voiles majeures dans les routes largues.
Il y a des bonnettes basses, bonnettes de hune et bonnettes de perroquet, leur nom venant de celui des voiles auxquelles on les ajoute.
On appelle aussi bonnette, ou bonnette maillée, la partie inférieure de certaines voiles auriques ou latines, quand cette partie inférieure est détachée ou rattachée à volonté, au moyen de ganses maillées.
A l'époque de Colomb les navires présentaient des croix peintes sur les voiles. On trouve de nombreuses explications contradictoires chez plusieurs auteurs. Mais, dans son ouvrage intitulé "Christophe Colomb", Jean Merrien, marin, navigateur, historien, indique à la page 220 dans l'édition "J'ai Lu" :
"La grand-voile et la trinquette (ou misaine) portent chacune une croix peinte, verte l'une, rouge la seconde. Ceci est d'usage, pour distinguer les navires espagnols et portugais de ceux des mahométans; on ne pouvait, sur ce point, dissimuler ni ruser."
Ce qui n'empêchait pas les marins musulmans de naviguer avec des navires capturés aux chrétiens sans supprimer les croix. N'est-ce pas tout simplement pour mettre le navire sous la protection de Dieu et montrer sa ferveur religieuse à une époque où, sur terre, l'inquisition fait des ravages ?.....De nos jour on continue à bénir les navire à moment du lancement.
Documentation
Ouvrages de référence
Le P. Georges Fournier : "Hydrographie, contenant la théorie et la pratiqve de tovtes les parties de la navigation." ... Seconde édition. Reueuë, corrigée & augmentée par l'Autheur auant son deceds. Plus, la Navigation du Roy d'Ecosse Iacves Cinqviesme du Nom, autour de son Royaume, & Isles Hebrides & Orchades, sous la conduite d'Alexandre Lyndsay excellent Pilote Escossois. - Iean dv Pvis, Paris, 1667.
Dassie, E. : "L'Architecture navale", contenant la maniere de construire les Navires, Galeres, Chaloupes et autres especes de Vaisseaux; l'Explication des Termes de la Marine, & les Définitions & proportions de toutes sortes de Bâtimens de Mer. Avec une Description des Marées, des Dangers, Ecueils & Courans à éviter dans les Routes & Voyages; & une Table des Longitude & Latitudes des principaux Ports des quatre parties du Monde. Le tout enrichi de Figures, & accompagné du Routier des Indies Orientales et Occidentales. - Chez Laurent D'Houry, Paris, 1695.
Consolin, Barthélemy :"Manuel du voiler". Revù et publié par ordre de S. Exc. M. l'amiral Hamelin, ministre de la marine. Ouvrage approuvé pour l'instruction des élèves de l'Ecole Navale et pour celle des voiliers des arsenaux. Imprimerie Impériale, Paris, 1859. +8vo, (4), iv, 520 pp.
Il existe des rééditions récentes, en fac-similé, de cet ouvrage paru en 1869, 1863 et en 1866 chez l'éditeur Gauthier-Villars, à Paris.
Consolin, Barthélemy "L'art de voiler les embarcations : méthode pratique de la coupe des voiles".
Reprod. en fac-sim. de l'éd. de Paris chez Gauthier-Villars, 1866.
Le site italien sulla cresta dell' onda. Il contient de nombreuses informations maritimes, ainsi qu'une page de liens qui donne la liste des principaux musées maritimes du monde, entre autres liens intéressants.
CAL MATIAS, une librairie nautique espagnole sur le web. On y trouve aussi des ouvrages français.
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